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"Rendez à César ce qui est à César"
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L'affaire Duchamp-Pinoncelli
Une compilation de quelques articles significatifs
à propos de la "Fontaine" duchampienne
et des rebondissement récents de la farce dadaïste
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Pinoncelli, l'entailleur d'urinoir, n'échappe pas à sa peine
Trois mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve : la cour d’appel de Paris a confirmé la peine de première instance contre Pierre Pinoncelli. La justice n’a en revanche condamné «l’artiste» qu’à payer 14.352 euros au Centre Pompidou pour rembourser les frais de réparation, et non les 200000 euros demandés par le musée •
Trois mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l’épreuve pour avoir entaillé l’urinoir de Marcel Duchamp. La cour d’appel de Paris a condamné vendredi Pierre Pinoncelli. Elle a donc confirmé la peine de première instance, mais la justice n’a en revanche condamné l’artiste qu’à payer 14.352 euros au musée pour rembourser les frais de réparation.
En première instance, Pierre Pinoncelli avait été condamné en plus à payer 200.000 euros de dommages et intérêts au Centre Pompidou, mais le juge a estimé cette fois-ci que la demande du musée n’était pas recevable. Lors de l’audience d’appel, le 24 novembre, l’avocat général avait demandé la confirmation des peines de sursis. Il s’en était remis à la sagesse de la cour pour évaluer l’objet, simple urinoir signé du pseudonyme R. Mutt, que Duchamp avait transformé en manifeste dada en le déclarant oeuvre d’art.
Le 4 janvier 2006, en fin de matinée, Pinoncelli s’était attaqué à l’oeuvre exposée au Centre Pompidou de Paris dans le cadre de l’exposition Dada, avec un petit marteau, ébréchant légèrement la céramique. Il l’avait également signée en écrivant «Dada». Se présentant comme un artiste ayant voulu «rendre hommage à l’esprit Dada» et à celui de Marcel Duchamp. Il avait déjà dégradé le même urinoir en 1993 exposé au Carré d’art de Nîmes (Gard).
Réactions des lecteurs, sur le net
Patrick de Vigo - PINACOTHEQUE
Dada est né en Suisse et le Centre Pompidou veut nous faire prendre l'Helvétie pour des lanternes. Pauvre pine à Kotek! Vendredi 09 Février 2007 - 16:37mulotun artiste aspiré
S'il suffisait de donner coup de marteau sur une pissotière pour être un artiste la France serait la première nation artistique du monde. Mais dans ce centre Pompidou, siège de la profanation, il est au moins une oeuvre d'art qui sans la moindre revendication tombe en charpie - une croûte à base de ciment - : le maniement de l'aspirateur est le geste artistique du dernier cri. Vendredi 09 Février 2007 - 15:21nobuyoshiprécisions
pour ta gouverne lolo " Marcel Duchamp est un imposteur, son "art" est celui des petits fours, des intellos pincés bien-pensants et du fric qui coule à flot" sache que duchamp n'a jamais vécu de son art mais de parties d'échec son véritable "métier" ensuite pour en finir avec l'urinoir qui marque un véritable tournant dans l'histoire de l'art c'est un symbole qui vise rédéfinir le statut de l'oeuvre d'art enfin je suis assez d'accord pour dire que Pinonceli est ausi un artiste s'appropriant cette oeuvre majeure en là faisant évoluer sa condamnation est triste car elle démontre que duchamp à échouer dans sa tentative de "déstabilasion" du "sacré" dans l'art Vendredi 09 Février 2007 - 15:21Astre NoirA Lolo
Non, lolo, Duchamp n'est pas un imposteur. Les imposteurs, c'est le Centre Beaubourg qui réclame 200 000 €, ce sont les gens qui s'extasient devant "l'oeuvre"... Le geste de Duchamp, et celui de Pinoncelli qui en est le digne héritier est justement de dénoncer l'imposture de l'art contemporain. Vivement beaucoup d'autres Duchamp et Pinoncelli Vendredi 09 Février 2007 - 15:15LoloSoutien
sergio : il l'avait déjà fait précédemment. Perso, je soutiens totalement Pinoncelli dans sa démarche. Marcel Duchamp est un imposteur, son "art" est celui des petits fours, des intellos pincés bien-pensants et du fric qui coule à flot. Cet urinoire était une insulte au dadaïsme et à toutes les personnes qui ont fait vivre ce mouvement. Lamentable. Vendredi 09 Février 2007 - 13:53OnujikCasser urinoir=art contemporain
Comme dit André, l'acte de P est un acte artistique. L'urinoir de Duchamp n'est pas une oeuvre d'art, on en trouve à un prix bien plus modique dans un magasin de bricolage. C'est l'acte, c'est la démarche de Duchamp qui est artistique. Bon, il faut dissuader le pekin moyen de renouveler le geste de manière récurrente. Mais d'un autre côté, P n'a aucun rond donc Beaubourg attendra longtemps. On récolte ce que l'on sème... Vendredi 09 Février 2007 - 13:23B@nceci est du pipeau
effectivement, il faut voir si lui-même a une démarche artistique propre à savoir s'approprier l'oeuvre d'un autre en laissant une "trace" ou si c'est juste un illuminé en manque d'inspiration. Vendredi 09 Février 2007 - 13:23JeanpinocheBen voyons !
Je suppose que SAS pense aussi, à l'instar du candidat qui a installé son QG de campagne de racollage électoral depuis cinq ans au Ministère de l'Intérieur, que la justice et les juges sont bien trop laxistes. Quand aux dirigeants du Centre Pompidou, ils ont sans doute pensé que c'était là un beau moyen de gagner, à peu de frais et sans se fatiguer, une somme alléchante comme tous les (petits et gros) boursicoteurs. Quant à Marcel Duchamp, là où il est, peut-être doit-il rire de voir que son oeuvre continue de vivre, et pleurer de voir comment on se sert de son nom pour tenter de s'enrichir. Vendredi 09 Février 2007 - 12:25sergioPas d'humour
J'aurais trouvé ça plus drole, s'il avait pissé dans l'urinoir en question ! Je pense exposer ma cuvette de chiottes prochainement, venez nombreux, entrée gratuite - Décidément l'art n'est que le reflêt de la société dont il est issu. Les grecs ont la Vénus de Milo et nous l'Urinoir de Marcel Duchamp Vendredi 09 Février 2007 - 12:25sasl'argent liserable...
ces magistrats toujours très promptes à sousèévaluer et minimiser le bien des autres......retirer leur 50 euros sur leur fiches de paies et vous verrez la réaction.....corporatiste Tant que la justice n'aura pas de réalité financière...elle sera vaines et asthenique. Vendredi 09 Février 2007 - 11:44
http://www.couchet.org/fred/index.php?2005/11/24/8-pisser-dans-la-fontaine-de-duchamp
Par Frédéric Couchet, jeudi 24 novembre 2005 à 16:18 :: General :: #8 :: rss
J'intervenais mardi à un séminaire à Bruxelles et un des intervenants racontait des histoires liés au droit d'auteur et à l'art. L'histoire sur la « fontaine » de Duchamp dans laquelle Pierre Pinoncelli a pissé avant de la casser à coup de marteau est intéressante.
Voir la page qui relate les différentes histoires.
Ci-dessous celle concernant la « fontaine » de Duchamp
:
L’objet d’art ‘Fountain' de Duchamp est usagé pour une action par Pierre Pinoncelly, alias Pinoncelli. Le 24 août 1993, lors de l'exposition inaugurale du Carré des Arts de Nimes ‘L'Objet dans l'art au XX ième siècle’, Pierre Pinoncelli, artiste de l'École de Nice, pisse dans l' urinoir et lui assène un coup de marteau.
'Fountain' est propriété de l'Etat français. 'Fountain' est lié à une action exécutée par Duchamp à New York en 1917. La Society of Independant Artists organisa une exposition au Grand Central Palace le 10 avril 1917 sur une base de "No jury, no prizes". Délibérément Marcel Duchamp veut tester ce principe 'Ni jury, ni récompense' de la Society of Independants Artists. Quelques jours avant l'inauguration, il se rend chez J.L. Mott Iron Works, un grand fournisseur d'articles de plomberie de New York et achète un urinoir. Il envoie l'objet, intitulé 'Fountain' et signé sous le pseudonyme R. Mutt, anonymement au Grand Central Palace, accompagné des 6 dollars de cotisation requis pour participer à l'exposition. Fountain est refusé aux raisons que l'objet est "obscène, indécent, n'est pas une oeuvre 'originale', n'est pas de l'art". Le même urinoir réapparaît le 13 avril, dans la galerie 291, où Alfred Stieglitz, à la demande de Duchamp, photographie l'objet. Puis l'urinoir a été perdu. Duchamp se procure d'autres urinoirs identiques en 1964. C'est un de ces urinoirs qui fut acquis en 1986 par l'Etat français pour la collection du Centre George Pompidou pour 1.300.000 FF.
Le 26 août 1993 Pierre Pinoncelly défend son acte devant le Tribunal correctionel de Nîmes en se réclamant de Duchamp. Pour justifier son geste il dit qu'il s'agit "d'achever l'oeuvre de Duchamp, en attente d'une réponse depuis plus de quatre-vingts ans; un urinoir dans un musée doit forcément s'attendre à ce que quelqu'un urine dedans un jour, en réponse à la provocation inhérente à la présentation de ce genre d'objet trivial dans un musée (...). L'appel à l'urine est en effet contenu ipso facto - et ce dans le concept même de l'oeuvre - dans l'objet, vu son état d'urinoir. L'urine fait partie de l'oeuvre et en est l'une des composantes (...). Y uriner termine l'oeuvre et lui donne sa pleine qualification. (...) On devrait pouvoir se servir d'un Rembrandt comme planche à repasser". Le juge décide que Pierre Pinoncelly est coupable du délit de "dégradation volontaire d'un monument ou objet d'utilité publique" et le condamne à un mois d'emprisonnement avec sursis. Ensuite, l'urinoir a été restauré par Mme Nollinger pour 16.336 FF. Par acte d'huissier du 5 septembre 1995, le Ministre de la Culture, agissant pour le compte de l'Etat Français, fait citer Pierre Pinoncelli devant le Tribunal de grande Instance de Tarascon à l'effet d'obtenir réparation, dommage et intérêts du préjudice pécuniaire engendré pour l'Etat Français, propriétaire de l'oeuvre, et la société d'assurance AXA Global Risk. L'expert de AXA estimait que l'oeuvre avait perdu 60% de sa valeur. Selon une conservatrice du Musée national d'art moderne l'intégrité de 'Fountain' était profondément atteinte. "L'urinoir avait perdu son statut de ready-made neuf et intact, sans passé, sans usure; sa fonction (...) d'objet tout trouvé, prêt à l'emploi de l'art, donc d'art tout fait; son statut de simulacre commercial disparaissaient par force". Pinoncelly conteste en argumentant qu'il avait "prolongée" et "achevée" l'oeuvre. Il invoque son droit moral (loi sur le droit d'auteur) pour son action artistique. "Si les responsables artistiques du Centre Georges Pompidou avaient compris sa démarche, ils auraient laissé l'oeuvre de Duchamp telle que Pinoncelli l'avait marquée et l'auraient exposée telle quelle." Il estime avoir augmenté la valeur de l'oeuvre. Le tribunal affirme que le raisonnement juridique se trouve confronté à deux actions artistiques. "Le Tribunal n'a pas à substituer ses propres choix artistiques à ceux de l'autorité compétente en matière d'achat d'oeuvres." Mais conclut que "sitôt le coup marteau donnée, le geste artistique posé, tout disparait, l'acte et ses conséquences." Ce geste par Pinoncelli prétend valoriser l'oeuvre de Duchamp et prétend fuir, sous prétexte d'art, les conséquences financières de son acte. Les juges soulignent le légitime souci de Pinoncelly de voir reconnu le caractère artistique de son geste, mais que tout en étant éphémère, il n'en a pas moins eu des conséquences durables. Le 20 novembre 1998 Pinoncelly est condamné par le Tribunal de Grande Instance de Tarascon à rembouser à AXA le prix de la restauration de Fountain 16.336 FF ainsi que les 270.000 FF correspondant aux 60% de perte de valeur de l'oeuvre de Duchamp consécutive à son geste.
http://www.luxiotte.net/arts/expos2006/duchamp01.htm
Duchamp encore tout chaud
par Alain Jean-André
L'exposition Dada qui s'est ouverte l'automne 2005 au Centre Pompidou à Paris a connu un événement passé dans les faits divers. Le mercredi 4 janvier 2006, à 11 heures 30, un homme a ébréché à coups de marteau La Fontaine de Marcel Duchamp, un urinoir devenu œuvre d'art, avant de signer son acte : Dada. L'individu a été arrêté et placé en garde à vue ; plainte a été portée contre lui pour dégradation d'une œuvre de valeur. Le 24 janvier 2006, le tribunal de grande instance de Paris a condamné l'agresseur à trois mois de prison avec sursis et à payer 14 352 euros de frais de restauration et 200 000 euros de préjudice matériel. Le Centre Pompidou avait demandé 427 000 euros pour cet urinoir estimé la bagatelle de 2,8 millions d'euros. Si on peut monter une expo Dada aujourd'hui, l'esprit Dada, lui, est prié de rester au vestiaire.
On objectera que l'iconoclaste de cette histoire n'en est pas à sa première agression de La Fontaine de Duchamp. Il s'est déjà pris à l'objet symbolique le 24 août 1993, lors d'une exposition au Carré d'art de Nîmes. Il avait même commencé par se soulager dans l'objet industriel promus au rang de sculpture. En fait, ce « vandale » est l'artiste Pierre Pinoncelli, 77 ans. Sa première intervention (dadaïste ?) avait donné lieu à un jugement qui l'avait déjà condamné : l'avocat Bernard Edelman avait expliqué qu' « en brisant un urinoir célèbre, il cherchait à s'accaparer la notoriété de l'artiste qui y avait apposé sa signature.»
N'empêche. Les « actions » de notre homme soulèvent une série de questions qui sont loin d'être sans intérêts. Ce n'est pas le moindre paradoxe de cette histoire. Si l'on constate un cousinage avec l'insistance sur l'absurde, le mécanique, la raison prise à rebrousse-poil des dadaïstes aux lendemains de la Grande Guerre, on y voit aussi une manière proche du procès de Barrès monté par Breton, l'homme qui allait lancer ensuite le Surréalisme. Dans les deux cas, l'action d'éclat, le scandale attire l'attention générale à cause de la notoriété de la cible. Ce type d'intervention ne peut avoir un écho, et peut-être un sens, que dans cette sphère particulière, bouillon de culture des médias en quête de cette marchandise.
En promouvant un urinoir au rang d'œuvre d'art (conception du ready-made), Marcel Duchamp a insisté sur le fait qu'il effaçait sa signification courante pour lui donner un sens purement esthétique. Il déplaçait ainsi la notion d'art d'une pratique manuelle héritée des artisans à un choix intellectuel (qui a ouvert les portes à l'art conceptuel). Quand Pierre Pinoncelli frappa une première fois La Fontaine, il expliqua qu'il avait voulu rendre « sa dignité à l'objet ». Autrement dit, il avait voulu faire l'inverse de Duchamp : ramener « l'objet le plus célèbre de l'histoire de l'art » du XXe siècle à son rang de vulgaire objet utilitaire, périssable et misérable. Une désublimation qui atteste que le roi est nu. Mais sa faiblesse, sa grande faiblesse, ce fut d'être le second, pas le premier. En art, ça ne pardonne pas.
Quand à l'« œuvre originale », à sa « valeur », il n'est pas inutile de rappeler les faits suivantes. La Fontaine à laquelle Pierre Pinoncelli s'est attaqué n'est pas l'œuvre originale. Elle n'existe plus depuis 1917. Elle a été perdue. Les huit versions actuelles ont été réalisées par l'artiste et le marchand italien Schwartz en 1964. L'une d'elle, disponible sur le marché en 1999, a été vendue à un collectionneur grec 1,6 millions d'euros. En janvier 2006 le Centre Pompidou estime un exemplaire à 2,8 millions d'euros. Autrement dit, cette œuvre de Duchamp prend près de 11 % de valeur chaque année sur le marché. On ne badine pas avec l'esthétique à deux chiffres du marché de l'art.
Chroniques de la Luxiotte
(Mis en ligne le 29 janvier 2006)
M. Pinoncelli et Duchamp : frappante charité
Article publié le 07 Janvier 2006
Par Harry Bellet
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 637 mots
Extrait : L'artiste Pierre Pinoncelli, 77 ans, a été arrêté et placé en garde à vue après avoir ébréché à coups de marteau, mercredi 4 janvier, vers 11 h 30, une oeuvre de Marcel Duchamp installée au Centre Pompidou, dans le cadre de l'exposition Dada. « Le dommage n'est pas irréparable », précise le service de communication du Centre, dont les responsables ont porté plainte pour dégradation. Ils parlent en connaissance de cause : La Fontaine de Marcel Duchamp a déjà été restaurée après avoir subi une première fois les foudres de M. Pinoncelli, le 24 août 1993, lors d'une exposition au Carré d'art de Nîmes.
http://rezo.net/grems/n2/decomp.html
Paru dans Libération, sous le titre "Le profanateur de pissotières en appelle à l'art", article de Valérie Simonet.
Pierre Pinoncelli, tête en boule de billard et barbe blanche, pose sur ses juges un regard amusé. Devant le tribunal de grande instance de Tarascon (Bouches-du-Rhône), se joue l'issue d'un happening qu'il avait orchestré en 1993. Lors de l'exposition inaugurale du musée d'Art contemporain de Nîmes, l'artiste s'était tout bonnement soulagé dans l'urinoir de Marcel Duchamp, avant de lui assener un coup de marteau, endommageant la porcelaine. Pinoncelli, 70 ans, n'en était pas à son premier coup d'éclat: Malraux s'était vu barbouiller de peinture rouge en 1969, et les clients d'une banque niçoise avaient essuyé un hold-up symbolique de 10 F, en 1975. Fini de rigoler. Pour l'urinoir classé, le ministère de la Culture et AXA, assureur de l'oeuvre, réclament cette fois à l'artiste facétieux la somme de 250 000 F, plus les frais de réparation des dommages, soit 16 000 F. «Le dossier est différent de ceux qu'on traite habituellement dans les tribunaux, a reconnu Me Bozzi, représentant l'Etat et le ministère de la Culture, mais l'urinoir début de siècle "classique", que notre société a érigé en oeuvre d'art, a bien été vandalisé par M. Pinoncelli, qui a cru bon de lui redonner sa destination première, industrielle.» L'urinoir, baptisé Fontaine 1917, a été «fragilisé», «l'objet est infirme, ne peut plus bouger». Alignant les chiffres, le prix de cession, les évaluations d'experts, les aléas des cotes de l'art, l'urinoir de Duchamp s'est finalement trouvé crédité d'une valeur de 450 000 F. Réaction de Pierre Pinoncelli: «Duchamp avait fait ça par dérision, j'ai voulu remettre son oeuvre à sa place, j'ai prolongé son acte de provocation. Le coup de marteau qu'on me reproche, c'était pour signifier son retour au statut d'urinoir. Sinon, une femme de ménage aurait épongé et effacé mon acte sans que personne ne le sache.» Argumentation reprise par Me Arnaud, son avocat: «(...) La provocation de Duchamp se retrouve dans la provocation de Pinoncelli. N'en faisons pas une affaire de marchand.» (...) Pierre Pinoncelli a accepté, par la voix de son avocat, de payer les seuls frais de remise en état. Finaude, la partie civile a lu devant le tribunal une déclaration de l'artiste à la presse en 1994, au sujet de la peine qui lui avait été infligée au pénal en 1993, un mois de prison avec sursis: «Encore une fois (j'allais dire: comme d'habitude!), je m'en suis tiré presque sans rien... [...] cela fait partie du jeu, et ce n'est pas moi qui m'en plaindrai, bien sûr.»
Paru dans Crash (avril 1998) sous le titre "Sowana, premier artiste artificiel", et sous la plume du très sérieux Guy Tournaye.
Pour le Cercle Ramo Nash, le principal média de l'art aujourd'hui n'est plus l'exposition, mais la conversation. L'enjeu n'est pas tant de produire des oeuvres originales que de développer un argumentaire spécifique (...). Premier robot de dialogue orienté art, Sowana peut donc être considéré comme un artiste à part entière. Opérationnel sur le web depuis décembre 1997, Sowana se présente sous la forme d'une interface de dialogue en langage naturel, susceptible d'améliorer sa base de dialogues au fil des dialogues par auto-apprentissage. Cet artiste artificiel, élaboré dans le cadre du Projet Intelligence Artistique, est ainsi en mesure non seulement de participer de manière active à une conversation sur l'art, mais aussi d'optimiser sa stratégie en fonction des informations générées par l'environnement artistique. A ce titre, Sowana traduit la transformation progressive de l'artiste en une "machine informationnelle" dont l'efficacité est de plus en plus conditionnée par sa capacité à manager les flux d'information, qui organisent le champ de l'art et de l'esthétique"
http://www.lexpress.fr/info/infojour/rss.asp?id=37110
Pierre Pinoncelli, 78 ans, a été condamné à trois mois de prison avec sursis et deux ans de mise à l'épreuve pour avoir dégradé à coups de marteau un urinoir de l'artiste Marcel Duchamp, oeuvre emblématique du courant dada exposée au Centre Pompidou à Paris.
La cour d'appel de Paris a ainsi confirmé la peine prononcée en première instance en janvier 2006. Elle a en outre condamné le prévenu a payer au Centre Pompidou les frais de réparation de l'oeuvre, soit 14.352 euros.
En revanche, elle a annulé sa condamnation à verser 214.000 euros de dommages et intérêts à l'institution, prononcée en première instance, en raison d'un problème de droit. L'Etat est propriétaire de l'oeuvre et non le Centre Pompidou.
Le 4 janvier 2006, Pierre Pinoncelli avait frappé à coups de marteau l'urinoir baptisé "Fontaine", imaginé en 1917 par Marcel Duchamp, qui se réclamait du dadaïsme. Huit versions en ont été réalisées. La céramique a été légèrement fendue mais l'oeuvre figure toujours dans les collections d'art contemporain du Centre Pompidou.
Le prévenu, déjà auteur d'un attentat similaire en 1993 sur la même oeuvre, a défendu son acte devant ses juges en expliquant qu'il relevait justement de la philosophie dada. Après l'arrêt de la cour, il a déploré vendredi devant les journalistes la "non-reconnaissance de son acte artistique".
Il s'est réjoui de voir le Centre Pompidou débouté de ses demandes financières. Il a expliqué qu'il ne recommencerait plus de telles performances en France mais n'a pas exclu de récidiver à l'étranger.
"C'était un clin d'oeil au dadaïsme, j'ai voulu rendre hommage à l'esprit dada", avait-il expliqué à l'audience.
Le mouvement dada, né pendant la Première Guerre mondiale en Suisse, rassemblait des pacifistes révoltés contre les valeurs esthétiques morales, politiques et religieuses de leur époque.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3246,36-859683,0.html?xtor=RSS-3246
La cour d'appel de Paris, qui devait rendre, le 26 janvier, son arrêt concernant Pierre Pinoncelli, a reporté sa décision au 9 février.
L'auteur, poursuivi pour avoir martelé l'urinoir de Marcel Duchamp, exposé au Centre Pompidou, avait été condamné, en première instance, à trois mois de prison avec sursis et à 200 000 euros de dommages et intérêts
a cour d'appel de Paris doit rendre vendredi 26 janvier son jugement sur l'affaire qui oppose le Centre Pompidou à Pierre Pinoncelli, et qui est en passe de devenir un classique du droit. Cette affaire laisse douter de l'adéquation de la loi aux pratiques de l'art contemporain qui, depuis Marcel Duchamp et ses ready made, objets industriels élevés au rang d'oeuvres, ont de quoi rendre chèvres les juristes.
Le 4 janvier 2006, Pinoncelli, 77 ans, a été arrêté au Centre Pompidou, à Paris, et placé en garde à vue, après avoir ébréché à coups de marteau la Fontaine de Duchamp, justement. Il y avait aussi inscrit, partie essentielle selon lui de son action, le mot "Dada".
La Fontaine avait déjà fait l'objet de son attention le 24 août 1993, lors d'une exposition au Carré d'art de Nîmes. Il s'était d'abord soulagé dans la sculpture, un urinoir posé tête-bêche, par rapport à son installation d'origine. La miction était bénigne, mais l'artiste avait cru déjà nécessaire de briser le mythe à coups de marteau.
Le tribunal de Tarascon l'avait condamné, le 20 novembre 1998, à une amende équivalent à 45 122 euros. Avec un arrêt très commenté, notamment par l'avocate Agnès Tricoire, dans la revue Vacarme : tout en condamnant lourdement Pinoncelli pour son geste, les juges n'avaient pas remis en cause sa portée artistique. Ils l'avaient seulement liée, par une construction intellectuelle qu'on ne trouve plus guère que chez les magistrats, au versement par Pinoncelli de dommages et intérêts à l'Etat.
Le vandalisme artistique est un acte relativement peu fréquent, et peu puni. A New York, le 14 novembre 2000, un professeur en retraite qui avait maculé un tableau de Chris Ofili heurtant ses convictions religieuses a été condamné à 250 dollars d'amende. En octobre 1973, Tony Shafrazi, devenu depuis un important marchand d'art contemporain, bomba Guernica, alors conservée au MoMA. Il s'en tira avec une simple amende.
En première instance, le Centre Pompidou réclamait 427 000 euros pour la Fontaine, qu'il estime à 2,8 millions d'euros. La cour avait accordé 200 000 euros. En appel, l'avocat général a réclamé trois mois de prison avec sursis et laissé à la sagesse de la cour "le très, très sérieux problème des dommages-intérêts".
Reste que Pinoncelli, par son acte, est devenu coauteur de l'urinoir. C'est l'avis d'Emmanuel Pierrat, avocat spécialiste de l'art : "Cela ne l'exonère pas de l'infraction pénale qu'il a commise. Mais, selon moi, il est devenu, non pas coauteur, mais auteur d'une oeuvre dérivée. Cela consiste à prendre une oeuvre existante, à l'utiliser, et à la transformer pour en faire autre chose."
Paradoxalement, il peut donc se plaindre que son oeuvre ait été détruite par le Centre Pompidou. "Les seuls qui peuvent s'en inquiéter, ce sont les héritiers de Duchamp, au titre du droit moral, confirme maître Pierrat. Le Centre Pompidou ne peut venir en justice que sur la propriété matérielle de l'oeuvre. En restaurant l'urinoir, le Centre Pompidou a contrevenu au droit moral de Pinoncelli."
"JOCONDE" ET PORTE-JARRETELLES
Cet élément pourrait expliquer la surprenante lettre d'Alfred Pacquement publiée dans Le Monde (21 janvier 2006), dans laquelle le directeur du Musée national d'art moderne considère Pinoncelli comme un vandale. Mais, contrairement à tous les usages, et au tribunal de Tarascon, il lui dénie la qualité d'artiste. Ce que conteste Emmanuel Pierrat : "Quel que soit le procédé utilisé, il est dans une démarche que je considère, et la jurisprudence aujourd'hui, comme artistique. Comme Alberto Sorbelli, avecla Joconde."
Emmanuel Pierrat a en effet été le premier à faire reconnaître par une cour d'appel le caractère artistique d'une performance : au Louvre, Alberto Sorbelli, en porte-jarretelles, a embrassé la Joconde devant l'objectif de sa photographe. Un conflit l'opposant à cette dernière, maître Pierrat a obtenu du tribunal qu'il reconnaisse le caractère artistique plein et entier du performeur : "C'est une vieille discussion, qui a commencé avec l'affaire opposant Renoir au sculpteur Guino. Rongé par l'arthrose, Renoir donnait ses instructions à un technicien, sans intervenir physiquement dans ses sculptures. Le tribunal a reconnu un statut de coauteur à l'auxiliaire". D'autres artistes, comme Sophie Calle, ont ainsi recours à des photographes pour fixer leurs actions. Dans le cas d'Orlan, ce sont les chirugiens intervenants sur le corps de l'artiste qui peuvent se réclamer coauteur. Désormais, des contrats préalables permettent d'établir une paternité. Qui fut très tôt reconnue au couple Christo, lorsqu'ils revendiquèrent, avec succès, les droits sur les photos prises du pont Neuf empaqueté par leurs soins.
Depuis, les affaires se multiplient. Jean-Olivier Hucleux ou Jeff Koons ont été accusés de plagiat par des photographes dont ils avaient utilisé les images, le premier pour un tableau, le second pour une sculpture. En France, comme aux Etats-Unis, les tribunaux ont tranché en faveur des photographes.
Plus préoccupante apparaît la décision en 2005 de la Cour de cassation de refuser au nouveau-réaliste Daniel Spoerri la parternité de Mon Petit déjeuner, un "tableau-piège" de 1972, au prétexte qu'il n'était pas de la main de l'artiste. L'assemblage d'objets collés sur une planche était pourtant signé, mais réalisé par un autre.
Ce qui revenait à exclure, comme certains l'ont conclu un peu vite, des pans entiers des pratiques contemporaine du champ de l'art : exit Jeff Koons, Maurizio Cattelan, et tant d'autres qui font exécuter leurs oeuvres par des praticiens, sans oublier les ready-made comme la Fontaine de Duchamp.
NOUVEAUX PROBLÈMES
"Il s'agit d'un pan du droit distinct de la propriété intellectuelle, précise Emmanuel Pierrat. Une description incomplète de l'oeuvre par le commissaire priseur, qui a fait que l'acheteur croyait acheter une oeuvre faite par Spoerri." Ce n'est pas un arrêt de principe, qui fonde le droit, mais un arrêt d'espèce, qui tient compte de circonstances particulières. Les artistes peuvent continuer à sous-traiter, sans perdre pour autant leur statut d'auteur.
Emmanuel Pierrat écrivait naguère dans la revue L'Œil que le droit d'auteur est souvent en décalage avec l'art actuel. Son point de vue est aujourd'hui plus nuancé : "L'art contemporain poserait de nouveaux problèmes, explique-t-il, parce qu'on ne sait plus qui est l'auteur, mais le cas se pose aussi avec la Renaissance. La notion d'atelier ne date pas d'aujourd'hui, elle a toujours existé dans l'histoire de l'art. J'ai été le conseil d'Arman, et à la fin de sa vie, les pièces sortaient toutes seules ! On devrait signaler "atelier de...", dans ces cas-là. Murakami donne la liste de tous ses assistants derrière chacun de ses tableaux. Il s'agit sans doute plutôt d'une démarche artistique, ou marketing, mais c'est le seul qui, en droit, soit nickel."
Harry Bellet
Article paru dans l'édition du 26.01.07.
"Fontaine" de Duchamp :
Pinoncelli condamné
Pierre Pinoncelli a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour avoir dégrader "La Fontaine", une oeuvre de Marcel Duchamp.
Le tribunal correctionnel de Paris a condamné mardi Pierre Pinoncelli, 77 ans, à trois mois de prison avec sursis et devra verser 200.000 euros au titre du préjudice matériel pour avoir ébréché à coups de marteau une oeuvre de Marcel Duchamp, "La Fontaine", un urinoir industriel.
Pierre Pinoncelli, ancien cadre commercial et se revendiquant de l'école artistique de Nice, devra verser 14.352 euros au titre des frais de réparation et 200.000 euros au titre du préjudice matériel au centre Pompidou, propriétaire de l'œuvre.
Pour sa défense, Pierre Pinoncelli a expliqué qu'il n'avait pas dégradé l'urinoir mais lui avait donné au contraire une plus-value en en faisant un "original".
Plusieurs coups de marteau
Celui-ci était présenté dans le cadre de l'exposition "Dada" au centre Pompidou. Le 4 janvier, Pierre Pinoncelli, après avoir acheté son billet d'entrée, avait donné plusieurs coups de marteau avant de signer "Dada" sur cette sculpture.
L'oeuvre est estimée à 2,8 millions d'euros, a déclaré l'avocate du musée, Me Marie Delion. Pierre Pinoncelli avait déjà uriné en 1993 sur ce "ready-made" lors de son exposition à Nîmes avant de lui porter quelques coups de marteau.
L'original de "La Fontaine", que l'artiste avait tenté d'exposer en 1917 à New York, a été perdu. En 1964, Marcel Duchamp a édité huit versions de cette oeuvre. AP
M. Pinoncelli et Duchamp : frappante charité
Article publié le 07 Janvier 2006
Par Harry Bellet
Source : LE MONDE
Taille de l'article : 637 mots
Extrait : L'artiste Pierre Pinoncelli, 77 ans, a été arrêté et placé en garde à vue après avoir ébréché à coups de marteau, mercredi 4 janvier, vers 11 h 30, une oeuvre de Marcel Duchamp installée au Centre Pompidou, dans le cadre de l'exposition Dada. « Le dommage n'est pas irréparable », précise le service de communication du Centre, dont les responsables ont porté plainte pour dégradation. Ils parlent en connaissance de cause : La Fontaine de Marcel Duchamp a déjà été restaurée après avoir subi une première fois les foudres de M. Pinoncelli, le 24 août 1993, lors d'une exposition au Carré d'art de Nîmes.
http://www.humanite.presse.fr/journal/1993-08-28/1993-08-28-683054
Un mois avec sursis pour Pierre Pinoncelli Article paru dans l'édition du 28 août 1993.
Un mois avec sursis pour Pierre Pinoncelli.
L’homme qui avait endommagé, à coups de marteau, après avoir uriné dedans, la « Fontaine » de Marcel Duchamp, mardi au Carré d’Art de Nîmes (Gard), a été condamné à un mois de prison avec sursis. Pierre Pinoncelli, soixante-cinq ans, artiste-peintre et spécialiste des « happenings artistiques », avait connu son heure de gloire en 1969 lorsqu’il avait aspergé de peinture rouge André Malraux qui posait la première pierre du musée Chagall de Nice. Il avait également perpétré en 1975 un hold-up symbolique dans une banque niçoise pour protester contre le jumelage Nice-Le Cap. L’oeuvre de Duchamp a été « très peu endommagée » et est « tout a fait réparable » et « de toute façon parfaitement assurée », dit-on à la mairie de Nîmes.
http://www.paris-art.com/echo_detail-693-1.html
Par Pascaline Vallée
Foutain, l’urinoir lui-même provocateur de Duchamp était exposé au Centre Pompidou quand Pierre Pinoncelli a commis son forfait, en janvier 2006. D’un coup de marteau, il a ébréché l’œuvre, qu’il avait déjà inondée d’urine en 1993.
«Ce n’est pas du vandalisme, c’est de l’art», s’est-il défendu. Son «acte conceptuel» s’est finalement soldé par une peine de trois mois de prison avec sursis assortie de 214 000 € d’amende. L’artiste a décidé de faire appel.
Pierre Pinoncelli dénonce : « Duchamp lui-même m’y avait encouragé. L’institution a fit de son
urinoir le veau d’or de l’art contemporain. C’est une déviation totale de l’esprit dada. J’ai voulu inverser le processus du ready-made en rendant à l’œuvre d’art son statut de pissotière »(1).
Cette affaire repose une question indissociable de l’art contemporain: La provocation en tant que principe artistique prime-t-elle sur le statut d’objet d’art ? Décision finale le 26 janvier 2007.
(1) «Et la provoc bordel ?», Télérama n° 2952 (12 août 2006)
http://www.liberation.fr/culture/219282.FR.php?mode=PRINTERFRIENDLY
http://www.liberation.fr/culture/219282.FR.php
A pisser de rire
Le centre Pompidou persiste à réclamer une somme exorbitante au performeur Pierre Pinoncelli, briseur récidiviste du célèbre urinoir de Duchamp.
QUOTIDIEN : samedi 25 novembre 2006
Marcel Duchamp (1887-1968) a semé dans le champ de l'art une volée de mines qui fonctionnent encore très bien. L'une d'elles a pété hier à la figure de la cour d'appel de Paris, devant une assistance médusée. Une seule victime, mais de taille : le centre Georges-Pompidou. Vendredi matin, l'établissement, présidé par Bruno Racine, s'est enfoncé dans un ridicule épais en persistant à réclamer la somme exorbitante de 200 000 euros à un habitant de Saint-Rémy-de-Provence, Pierre Pinoncelli, au motif qu'il a flanqué un coup de marteau en janvier dernier sur une pissotière du centre. Certes, il se trouve que cet urinoir modèle standard n'était pas dans les toilettes, mais présenté dans le cadre d'une grande exposition «Dada» : c'est l'une des huit copies (les spécialistes préfèrent parler de «multiples») de la fameuse Fountain de Duchamp, un ready-made de 1917.
Ardoise. En janvier dernier, Pierre Pinoncelli, un artiste «performeur» de 77 ans encore très turbulent, avait été condamné en première instance à trois mois de prison avec sursis et au remboursement des travaux de restauration de l'«oeuvre». Rien d'anormal jusque-là. Mais surprise : lors de l'audience, le centre Pompidou s'était porté partie civile, réclamant pas moins de 427 000 euros pour préjudice de dégradation. La présidente avait juste réduit l'ardoise de moitié et Pinoncelli, qui s'était pointé sans avocats, était reparti en état de choc : 200 000 euros ! Il n'avait plus qu'à vendre sa maison de Saint-Rémy, ou bien à faire appel. Il fit appel.
Retour donc au palais de justice hier, mais cette fois dans l'ambiance plus solennelle de la cour d'appel, pour se poser cette simple question : combien vaut une pissotière en faïence ? L'avocat général répondit : «83 euros.» Le représentant du ministère public venait de consulter l'Internet, où ce genre d'objet se trouve sur catalogue. Pinoncelli, lui, a payé une centaine d'euros l'exemplaire (de marque Roca) qu'il a fait livrer au centre Pompidou le 3 novembre dernier, afin de remplacer l'exemplaire ébréché de l'établissement. Ce dernier a refusé d'accuser réception.
Le centre Pompidou a préféré envoyer hier son avocate pour argumenter devant la cour d'appel. «La récidive de Pierre Pinoncelli aura de lourdes conséquences pour la collectivité. L'oeuvre de Duchamp, deux fois endommagée et fragilisée, ne pourra désormais plus circuler ni en France ni à l'étranger ; elle est désormais inapte à tout échange culturel.»
Car, oui, c'était une récidive. L'artiste performeur de Saint-Rémy-de-Provence avait déjà, en 1993, foutu un coup de marteau à ce même urinoir, après avoir pissé dedans. C'était lors d'une expo au Carré d'art de Nîmes. Pinoncelli et la pissotière s'étaient tirés de cette douteuse affaire sans trop de dommages, l'un sans débourser un sou, l'autre parfaitement rénovée.
Rebelote en janvier dernier, donc : Pinoncelli, resté très Dada dans l'âme, pense que la plaisanterie de Duchamp mérite d'être régulièrement saluée par des actes loufoques. D'ailleurs, pour lui, les coups de marteau ne feraient qu'améliorer l'oeuvre.
Bref rappel : l'«anartiste» Duchamp s'est amusé à élever des objets courants au rang d'oeuvres d'art, par simple décret, selon le principe du ready-made. C'est ainsi qu'en 1917, après l'avoir signé du pseudonyme R. Mutt, il avait fait d'un simple urinoir une merveille d'art contemporain. Et de rigolade. L'original a du reste été purement et simplement égaré, mais les huit «multiples» réalisés en 1964 se portent bien.
Le Musée national d'art moderne, hébergé au centre Pompidou, a acheté le sien en 1986 pour 230 000 francs. En 1999, un des «multiples» a changé de mains pour 1,6 million d'euros. Aujourd'hui, les pissotières duchampiennes sont évaluées à la hauteur hallucinante de 2,8 millions d'euros pièce. Le canular de Duchamp est devenu une affaire de gros, d'énormes sous.
Et c'est sur cette base que le centre Pompidou demande réparation. En première instance, son avocate avait fait un simple calcul : après réparation des dommages (une facture de 14 000 euros), l'objet aurait perdu 15 % de sa valeur, d'où ces exorbitants 427 000 euros initialement réclamés. C'est une lecture plutôt singulière du mouvement Dada.
Après s'être intéressé au prix des pissotières neuves, l'avocat général a développé des arguments plus complexes. «Doit-on considérer la modification d'une oeuvre d'un artiste par un autre artiste comme une dégradation ? Après tout, faute de matériel, il arrivait que Léonard de Vinci peignît sur des toiles déjà peintes par d'autres.» A cet instant, comparé au génie, Pinoncelli rayonnait de bonheur. Puis ses deux avocats contre-attaquèrent. L'un analysa longuement la démarche de Duchamp, l'autre dressa un panégyrique de la vie de «performeur» de Pinoncelli : soixante-dix happenings allant de l'attentat sur Malraux à l'encre rouge jusqu'à l'automutilation en signe de soutien à Ingrid Betancourt. Tout cela agaça le président Michel Meridias, qui finit par lâcher : «Veuillez s'il vous plaît vous rapprocher de l'objet de la procédure.» C'est-à-dire l'urinoir.
Car il y a tout de même des choses plus graves dans la vie, et dans le cours de la justice, que de s'interroger sur le prix des pissotières, fissent-elles partie des collections du Musée national d'art moderne. Il fut donc mis un terme assez sec à la pitrerie, et l'affaire fut mise en délibéré au 26 janvier.
11 janvier Culture
Pinoncelli devant les juges (II) : l’Art contemporain est-il de l’art ?
Aude de Kerros*
Le 26 janvier 2007 doit être rendu le jugement en appel de l’affaire Pinoncelli, du nom de ce « performeur » qui, le 4 janvier 2006, a ébréché une œuvre de Marcel Duchamp exposée au Centre Pompidou, le fameux urinoir baptisé Foutain.
Le fond du problème est de savoir si le bris de l’urinoir est du vandalisme ou relève dans son concept de « l’art contemporain », comme le revendique l’auteur de la « performance » du 4 janvier. Les magistrats sont confrontés en réalité à un problème sémantique délicat, conséquence d’une subversion déjà demi-séculaire : « l’art contemporain » se prétend la suite de l’art et le seul art d’aujourd’hui. Or les mots « art » et « art contemporain » ne recouvrent pas la même réalité. Cette affaire conduit les juges au cœur sémantique de la dernière utopie du XXe siècle. En prononçant son verdict, le tribunal donnera fatalement un contenu au mot « art » et la justice se substituera à l’Académie française.
C’est pourquoi « le monde de l’art » [1] est en haleine.
Si Pierre Pinoncelli est condamné à payer la somme de 200 000 euros plus 14 652 euros de remise en état pour avoir commis l’acte conceptuel de briser l’Urinoir de Marcel Duchamp, le tribunal fera basculer toutes les collections « d’art contemporain » de Beaubourg dans le statut « d’Art ».
L’arrêt de la cour pourra par la suite être interprété de deux façons.
1/ Soit l’Urinoir est élevé au rang de la Piéta de Michel Ange[2]
Dans ce cas l’art contemporain (« l’AC » [3]) perd instantanément ses privilèges et sa spécificité et devient de « l’Art ». C’est ce qu’avait réclamé André Pacquement, dans un article du Monde du 21 janvier 2006, où il attribuait le même statut à la Piéta et à l’Urinoir[4].
Partageant désormais la même définition que l’Art, l’AC doit répondre aux mêmes critères :
- La qualité esthétique prime désormais. Le « concept » n’est que la conséquence de la forme accomplie.
- La valeur se déduit par comparaison avec d’autres œuvres placées sur une échelle qui va du mauvais à l’excellent.
Comment juger alors l’Urinoir ? Serait-ce une œuvre d’art ratée en raison de ses formes molles, sa couleur uniforme, sa réalisation mécanique, son sujet trivial, sa matière amorphe, son caractère multiple [5] ? Si c’est le cas, son prix est largement surévalué et les dommages et intérêts demandés à Pierre Pinoncelli sont sans rapport.
Si l’on revendique sa grande valeur historique, critère secondaire quand il s’agit d’art, il faut alors rappeler que cet urinoir n’est pas l’original de 1917, perdu ou rendu à sa fonction première.
Si l’Urinoir et la Piéta de Michel Ange ont la même définition et prétendent au même statut, la légitimité de l’AC fondée sur sa fon
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